A.V.E.C (Amitié, Visite, Entraide et Conseil)
A la fin de la semaine dernière s’est déroulé un méga événement, une superbe fête, je veux parler du mariage de notre cher frère Mustapha. Tout le monde connaît ce frère par sa présence continue à la mosquée, son comportement exemplaire, son endurance et sa patience devant les difficultés.
La mobilisation était donc générale pour organiser le voyage vers la ville de Nomexy, le lieu de résidence de la famille de sa future épouse.
Géographiquement, cette ville se situe au Nord-Est de la France, plus précisément dans le département des Vosges (dont le chef-lieu est la ville d’Epinal) à 380 km de Paris.
Bien que l’organisation soit assurée par Mohsen, on peut parler d’un départ chaotique avec plus d’une heure de retard.
Nous prenions donc la route en ce matin du 26 novembre, le temps était frais sachant que les bulletins météo annonçaient probablement des chutes de neige le long de la route. Un convoi de six voitures se formait en direction de l’est de la France.
Le Nord-Est de la France et plus spécialement la ville de Strasbourg me rappelle mes premiers jours en France. C’était durant la dernière semaine du mois de septembre 1988 que j’ai quitté Marrakech par train pour me rendre à Strasbourg. Le détroit de Gibraltar traversé, je me suis retrouvé dans un train spécialement conçu pour les Marocains se rendant en Europe. On fait dans ces circonstances des connaissances atypiques, j’ai rencontré un enseignant en primaire qui a abandonné son poste dans un village au Maroc pour aller en Italie. J’ai fais connaissance aussi de deux jeunes hommes qui bien qu’ils aient eu un visa pour l’Italie ont décidé de descendre du train dans l’une de ces villes que nous traversions. Ils ne savaient pas exactement leur destination mais ils étaient confiants ; Là où ils tenteraient leur chance, ils allaient pouvoir s’en sortir. Le courage de ces deux personnes me remonta le moral. Je me suis dit que moi au moins je savais où j’allais tenter ma chance même si au bout du chemin, je ne connaissais ni famille ni ami.
Revenons à notre voyage vers Nomexy et plus exactement à l’aire de repos du kilomètre n° 200 de l’autoroute A5. En descendant de la voiture, je reçois un appel de Youssef m’informant qu’il vient d’avoir une panne sèche en plein-autoroute. J’ai essayé alors de prévenir les frères qui sont encore en route pour lui venir au secours. L’idée était d’acheter du carburant sur une des stations service qu’ils peuvent trouver sur leur chemin. Malheureusement, ils étaient tous à quelques kilomètres du lieu de la panne.
Pendant ce temps, Taib est allé se servir en sandwichs au libre service de l’aire de repos.
Ce geste de consommation a évoqué en moi mes premiers essais de compréhension du mode de vie de la société française. Il m’a semblé lors de mes premiers jours en Europe que la société fonctionne selon un principe relativement simple basé sur le couple production et consommation. En effet, chaque individu a vocation à travailler pour produire un bien ou un service et inversement il consomme les biens et les services produits par les autres individus de la société. Le fonctionnement selon un tel principe n’est pas critiquable en soi. Ce qui est étonnant est que l’occupation intellectuelle, sociale et politique de toute la société soit tournée vers ce perpétuel mouvement production/consommation.
Nous attendions toujours les nouvelles des frères présents dans la voiture en panne et surtout de ceux qui allaient leurs venir en aide. Ce mot « aide » me rappelle un autre mot qui est l’un des slogans de notre association AVEC. Le mot « Entraide » résume le devoir de soutien que nous avons les uns envers les autres dans toutes les circonstances de la vie. Le mot « AVEC » lui-même porte en lui le principe de compagnie. Etre les uns « AVEC » les autres est l’un des buts recherchés dans notre cheminement. La première lettre du nom de l’association renvoie à la notion d’Amitié qui tend vers le sentiment de fraternité entre les croyants. Le mot amitié plutôt que celui de fraternité nous permet de marquer notre ouverture au reste de l’humanité.
Il était plus de 11h, nous étions à la cafétéria de l’aire de repos quand d’autres frères nous ont rejoint. Le petit déjeuner était servi par un frère qui avait la présence d’esprit de faire des provisions de nourriture pour le voyage.
La panne a connu enfin un dénouement heureux, tous les frères se trouvent maintenant dans l’aire de repos. L’astuce consiste à ouvrir au niveau de la pompe de gasoil d’une voiture qui a du carburant dans le réservoir le tuyau qui achemine le précieux liquide au moteur et de le récupérer dans une bouteille. Ensuite verser le carburant récupéré dans le réservoir de la voiture en panne. Nous avions enfin pu reprendre notre chemin vers notre destination.
Toutes les voitures qui formaient le convoi sont arrivées presque au même moment à Nomexy. Petite ville qui dispose d’une mosquée installée dans un grand pavillon.
Après la prière de Dohr, nous nous sommes dirigé vers la mairie de la ville voisine pour assister à la célébration de mariage. La célébration du mariage consiste en la lecture par le maire ou son adjoint des textes de loi régissant la relation conjugale. L’islam a toujours su intégrer les traditions des peuples tant que ces traditions ne sont pas en contradiction avec les textes. Tariq Ramadan dit : Al-‘urf, la coutume, a été considéré comme l’une des sources du droit est de fait intégré à la référence islamique locale. Si les formes de la pratique ne changent pas à travers le temps et l’espace, certaines prescriptions religieuses relatives aux affaires du monde vont naturellement prendre la couleur de la culture des différents pays : les principes restent les mêmes mais les voies de la fidélité sont diversifiées. Ainsi, il ne s’agit plus de s’habiller comme s’habillaient le prophète et ses compagnons, mais de se vêtir selon les principes de pudeur, de propreté, de simplicité et de discrétion. Il ne s’agit pas de se marier selon le même rituel au temps du prophète et des compagnons tant que les piliers du contrat de mariage sont respectés (dot, témoins, formulation de la demande, etc.)
Après la cérémonie de mariage à la mairie, un convoi de voitures s’est dirigé vers la ville d’Epinal et plus précisément au jardin des Champs de Mars. Les mariés ont procédé alors aux prises de photos entre la famille et les amis. La chaleur de la joie a fait oublier un moment la fraîcheur du temps puisque le jardin était couvert de neige. Quand la nuit commençait à tomber, nous décidâmes de faire demi-tour vers la ville de Nomexy pour continuer la fête à la mosquée.
Il y avait une bonne ambiance pendant toute la soirée avec les chants, le discours de l’imam de la mosquée Abou Bakr, puis celui de Youness. La fête s’est terminée vers minuit. Certains frères ont alors décidé de prendre la route pendant la nuit. D’autres ont préféré attendre le matin. Louange à Dieu, tous sont rentrés chez eux dans de bonnes conditions.
A propos du départ vers Nomexy le samedi matin, je cite pour anecdote, deux frères dont je ne citerais pas les noms sont partis prendre leur petit déjeuner tranquillement chez eux après la prière de Sobh alors que le mot d’ordre était donné que le départ sera immédiatement après la prière vers 7h30. Quand ces deux frères sont arrivés vers 8h20, on leur a reproché le retard, ils ont trouvé comme seule excuse que de toute façon, le départ allait se faire avec un retard d’une heure et qu’ils étaient fiers d’être à l’heure. C’est avec de tel raisonnement que nous n’arrivons jamais à honorer nos engagements en terme de ponctualité dans nos rendez-vous.
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