Samedi 25 février 2006 6 25 /02 /2006 21:29

Certains l’appellent Mahomet. Mais son nom est Muhammad.

Fondateur d’un culte monothéiste. Souverain magnanime et juste.
Son souvenir est vivant dans toutes les mosquées, dans les coeurs des musulmans.
Treize années d’enseignement dans la Mecque hostile sans fléchir.
Dix années à Médine pour organiser les siens sans répit...
Les biographes du prophète de l’Islam ne se comptent plus.
Sa vie séduit ceux qui l’étudient. Ses paroles et actes sont l’objet d’études universitaires.
L’anniversaire de sa naissance, le Mawlid Nabawi, est célébré en ce 14 mai.
Certains musulmans résistent encore à cette tradition tentante.
Il est vrai que le prophète n’a pas fêté son anniversaire.
Mais l’occasion est bien trop belle pour évoquer celui que Georges Bernard Shaw a reconnu :
l’Homme le plus grand de tous les temps !

Une fois n’est pas coutume, pour ce Mawlid Nabawi, la parole est à VICTOR HUGO, dans un hommage à celui qu’il nomme Mahomet.


L’AN NEUF DE L’HEGIRE

Comme s’il pressentait que son heure était proche,
Grave, il ne faisait plus à personne une reproche ;
Il marchait en rendant aux passants leur salut ;
On le voyait vieillir chaque jour, quoiqu’il eût
A peine vingt poils blancs à sa barbe encore noire ;
Il s'arrêtait parfois pour voir les chameaux boire,
Se souvenant du temps qu’il était chamelier.
Il semblait avoir vu l’Eden, l’âge de d’amour,
Les temps antérieurs, l’ère immémoriale.
Il avait le front haut, la joue impériale,
Le sourcil chauve, l’œil profond et diligent,
Le cou pareil au col d’une amphore d’argent,
L’air d’un Noé qui sait le secret du déluge.
Si des hommes venaient le consulter, ce juge
Laissait l’un affirmer, l’autre rire et nier,
Ecoutait en silence et parlait le dernier.
Sa bouche était toujours en train d’une prière ;
Il mangeait peu, serrant sur son ventre une pierre ;
Il s’occupait de lui-même à traire ses brebis ;
Il s’asseyait à terre et cousait ses habits.
Il jeûnait plus longtemps qu’autrui les jours de jeûne,
Quoiqu’il perdît sa force et qu’il ne fût plus jeune.
A soixante-trois ans une fièvre le prit.
Il relut le Coran de sa main même écrit,
Puis il remit au fils de Séid la bannière,
En lui disant : " Je touche à mon aube dernière.
Il n’est pas d’autre Dieu que Dieu. Combats pour lui. "
Et son œil, voilé d’ombre, avait ce morne ennui
D’un vieux aigle forcé d’abandonner son aire.
Il vint à la mosquée à son heure ordinaire,
Appuyé sur Ali le peuple le suivant ;
Et l’étendard sacré se déployait au vent.
Là, pâle, il s’écria, se tournant vers la foule ;
" Peuple, le jour s’éteint, l’homme passe et s’écroule ;
La poussière et la nuit, c’est nous. Dieu seul est grand.
Peuple je suis l’aveugle et suis l’ignorant.
Sans Dieu je serais vil plus que la bête immonde. "
Un cheikh lui dit : " o chef des vrais croyants ! le monde,
Sitôt qu’il t’entendit, en ta parole crut ;
Le jour où tu naquit une étoile apparut,
Et trois tours du palais de Chosroès tombèrent. "
Lui, reprit : " Sur ma mort les Anges délibèrent ;
L’heure arrive. Ecoutez. Si j’ai de l’un de vous
Mal parlé, qu’il se lève, ô peuple, et devant tous
Qu’il m’insulte et m’outrage avant que je m’échappe ;
Si j’ai frappé quelqu’un, que celui-là me frappe. "
Et, tranquille, il tendit aux passants son bâton.
Une vieille, tondant la laine d’un mouton,
Assise sur un seuil, lui cria : " Dieu t’assiste ! "
Il semblait regarder quelque vision triste,
Et songeait ; tout à coup, pensif, il dit : " voilà,
Vous tous, je suis un mot dans la bouche d’Allah ;
Je suis cendre comme homme et feu comme prophète.
J’ai complété d’Issa la lumière imparfaite.
Je suis la force, enfants ; Jésus fut la douceur.
Le soleil a toujours l’aube pour précurseur.
Jésus m’a précédé, mais il n’est pas la Cause.
Il est né d’une Vierge aspirant une rose.
Moi, comme être vivant, retenez bien ceci,
Je ne suis qu’un limon par les vices noirci ;
J’ai de tous les péchés subi l’approche étrange ;
Ma chair a plus d’affront qu’un chemin n’a de fange,
Et mon corps par le mal est tout déshonoré ;
O vous tous, je serais bien vite dévoré
Si dans l’obscurité du cercueil solitaire
Chaque faute engendre un ver de terre.
Fils, le damné renaît au fond du froid caveau
Pour être par les vers dévoré de nouveau ;
Toujours sa chair revit, jusqu’à ce que la peine,
Finie ouvre à son vol l’immensité sereine.
Fils, je suis le champ vil des sublimes combats,
Tantôt l’homme d’en haut, tantôt l’homme d’en bas,
Et le mal dans ma bouche avec le bien alterne
Comme dans le désert le sable et la citerne ;
Ce qui n’empêche pas que je n’aie, ô croyants !
Tenu tête dans l’ombre au x Anges effrayants
Qui voudraient replonger l’homme dans les ténèbres ;
J’ai parfois dans mes poings tordu leurs bras funèbres ;
Souvent, comme Jacob, j’ai la nuit, pas à pas,
Lutté contre quelqu’un que je ne voyais pas ;
Mais les hommes surtout on fait saigner ma vie ;
Ils ont jeté sur moi leur haine et leur envie,
Et, comme je sentais en moi la vérité,
Je les ai combattus, mais sans être irrité,
Et, pendant le combat je criais : " laissez faire !
Je suis le seul, nu, sanglant, blessé ; je le préfère.
Qu’ils frappent sur moi tous ! Que tout leur soit permis !
Quand même, se ruant sur moi, mes ennemis
Auraient, pour m’attaquer dans cette voie étroite,
Le soleil à leur gauche et la lune à leur droite,
Ils ne me feraient point reculer ! " C’est ainsi
Qu’après avoir lutté quarante ans, me voici
Arrivé sur le bord de la tombe profonde,
Et j’ai devant moi Allah, derrière moi le monde.
Quant à vous qui m’avez dans l’épreuve suivi,
Comme les grecs Hermès et les hébreux Lévi,
Vous avez bien souffert, mais vous verrez l’aurore.
Après la froide nuit, vous verrez l’aube éclore ;
Peuple, n’en doutez pas ; celui qui prodigua
Les lions aux ravins du Jebbel-Kronnega,
Les perles à la mer et les astres à l’ombre,
Peut bien donner un peu de joie à l’homme sombre. "
Il ajouta ; " Croyez, veillez ; courbez le front.
Ceux qui ne sont ni bons ni mauvais resteront
Sur le mur qui sépare Eden d’avec l’abîme,
Etant trop noirs pour Dieu, mais trop blancs pour le crime ;
Presque personne n’est assez pur de péchés
Pour ne pas mériter un châtiment ; tâchez,
En priant, que vos corps touchent partout la terre ;
L’enfer ne brûlera dans son fatal mystère
Que ce qui n’aura point touché la cendre, et Dieu
A qui baise la terre obscure, ouvre un ciel bleu ;
Soyez hospitaliers ; soyez saints ; soyez justes ;
Là-haut sont les fruits purs dans les arbres augustes,
Les chevaux sellés d’or, et, pour fuir aux sept dieux,
Les chars vivants ayant des foudres pour essieux ;
Chaque houri, sereine, incorruptible, heureuse,
Habite un pavillon fait d’une perle creuse ;
Le Gehennam attend les réprouvés ; malheur !
Ils auront des souliers de feu dont la chaleur
Fera bouillir leur tête ainsi qu’une chaudière.
La face des élus sera charmante et fière. "
Il s’arrêta donnant audience à l’espoir.
Puis poursuivant sa marche à pas lents, il reprit :
" O vivants ! Je répète à tous que voici l’heure
Où je vais me cacher dans une autre demeure ;
Donc, hâtez-vous. Il faut, le moment est venu,
Que je sois dénoncé par ceux qui m’ont connu,
Et que, si j’ai des torts, on me crache aux visages. "
La foule s’écartait muette à son passage.
Il se lava la barbe au puits d’Aboufléia.
Un homme réclama trois drachmes, qu’il paya,
Disant : " Mieux vaut payer ici que dans la tombe. "
L’œil du peuple était doux comme un œil de colombe
En le regardant cet homme auguste, son appui ;
Tous pleuraient ; quand, plus tard, il fut rentré chez lui,
Beaucoup restèrent là sans fermer la paupière,
Et passèrent la nuit couchés sur une pierre
Le lendemain matin, voyant l’aube arriver ;
" Aboubékre, dit-il, je ne puis me lever,
Tu vas prendre le livre et faire la prière. "
Et sa femme Aïscha se tenait en arrière ;
Il écoutait pendant qu’Aboubékre lisait,
Et souvent à voix basse achevait le verset ;
Et l’on pleurait pendant qu’il priait de la sorte.
Et l’Ange de la mort vers le soir à la porte
Apparut, demandant qu’on lui permît d’entrer.
" Qu’il entre. " On vit alors son regard s’éclairer
De la même clarté qu’au jour de sa naissance ;
Et l’Ange lui dit : " Dieu désire ta présence.
- Bien ", dit-il. Un frisson sur les tempes courut,
Un souffle ouvrit sa lèvre, et Mahomet mourut.

Victor Hugo, le 15 janvier 1858.

 

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Mercredi 22 février 2006 3 22 /02 /2006 21:57
Jamais un homme ne se proposa, volontairement ou involontairement, un but plus sublime, puisque ce but était surhumain : Saper les superstitions interposées entre la créature et le Créateur, rendre Dieu à l'homme et l'homme à Dieu, restaurer l'idée rationnelle et sainte de la divinité dans ce chaos de dieux matériels et défigurés de l'idolâtrie...

Jamais un homme n'accomplit en moins de temps une si immense et durable révolution dans le monde, puisque moins de deux siècle après sa prédication, l'islamisme, prêché et armé, régnait sur les trois Arabies, conquérait à l'Unité de Dieu la Perse, le Khorassan, la Transoxiane, l'Inde occidentale, la Syrie, l'Égypte, l'Éthiopie, tout le continent connu de l'Afrique septentrionale, plusieurs îles de la méditerranée, l'Espagne et une partie de la Gaule.

Si la grandeur du dessein, la petitesse des moyens, l'immensité du résultat sont les trois mesures du génie de l'homme, qui osera comparer humainement un grand homme de l'histoire moderne à Mahomet ?

Les plus fameux n'ont remués que des armes, des lois, des empires ; ils n'ont fondé, quand ils ont fondés quelque chose, que des puissances matérielles, écroulées souvent avant eux. Celui-là a remué des armées, des législations, des empires, des peuples, des dynasties, des millions d'hommes sur un tiers du globe habité ; mais il a remué, de plus, des idées, des croyances, des âmes.

Il a fondé sur un Livre, dont chaque lettre est devenue une loi, une nationalité spirituelle qui englobe des peuples de toutes les langues et de toutes les races, et il a imprimé, pour caractère indélébile de cette nationalité musulmane, la haine des faux dieux et la passion du Dieu un et immatériel...

Philosophe, orateur, apôtre, législateur, guerrier, conquerrant d'idées, restaurateur de dogmes rationnels, d'un culte sans images, fondateur de vingt empires terrestres et d'un empire spirituel, voilà Mahomet.
A toutes les échelles où l'on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?...                    Lamartine, Paris 1854

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Mardi 21 février 2006 2 21 /02 /2006 22:09

« Au nom de Dieu, le compatissant, Miséricordieux », par cette citation, nous exprimons que notre raison d’être est Dieu, c’est pourquoi nous nous plaçons sous son ombre en invoquant son nom au début de toute action.

On rentre ainsi de plain-pied dans la réflexion sur le rapport Homme-Dieu. La réalité de ce rapport repose sur trois critères :

  1. Le critère spirituel qui définit les fins dernières de l’ Homme ;
  2. Le critère moral qui distingue la conduite de l’Homme dans la société et plus globalement des rapports entre états-nations ou pour simplifier la conduite de l’Homme dans le monde.
  3. Le critère de rationalité qui permet qui permet de libérer la personne humaine des nécessités matérielles pour lui laisser l’occasion de rechercher la plénitude que seul la recherche de Dieu peut lui donner.

Nous rétablissons l’ordre en pensée parce que notre époque bouleversée  fixe les idées et axe toute action sur la problématique économique. Si bien que la société évalue sa seule réussite par le seul niveau de vie.

En mettant au premier plan le critère spirituel pour apprécier la personne humaine, nous n’entendons nullement méconnaître le poids qu’exerce l’insécurité matérielle sur les personnes et les sociétés.

Le rationalisme qui fait la raison juge de tout et seule souveraine n’a pas les moyens d’accès pour explorer les régions intimes de l’être humain. Il y a un impérialisme rationaliste, celui de cette philosophie prétentieuse qui ne veut retenir que la rationalité comme seul outil d’analyse. Une véritable rationalité doit s’occuper de ce pourquoi elle a été créée. Elle doit être une science au service de la recherche des fins dernières de l’Homme.

Une seule condition d’application de ce modèle de rationalité est de consentir à recevoir des instructions du supra-rationnel qui la dépasse.

Les savants musulmans distinguent la raison à laquelle est donnée la capacité de découvrir les lois qui président au fonctionnement du créé sensible, du cœur à qui sont révélés d’autres principes dont la raison peut constater la présence non comprendre la raison et la fonction par ses propres moyens.
Par Association A.V.E.C - Publié dans : dawa
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Lundi 20 février 2006 1 20 /02 /2006 19:52

Dourifa, Ahmed et leurs petites filles Waliya (l'alliée de Dieu), et Sabira (la patiente), la petite dernière, qui aura à jamais l'emprunte de sa courageuse grande soeur...

Oui, son nom elle saura l'expliquer, elle pourra en être fière...

"Waliya, atteinte d'une leucémie, a subi tous les traitements inimaginables et cela n'a pas abouti.

Elle est sortie de l'hôpital, la médecine a baissé les bras.

Elle ne connaîtra pas l'année 2006 d'après les médecins. Et Dieu est plus savant."

La sérénité et le comportement de son père restera une leçon pour nous tous, et pour très longtemps.

"Quand on le visite c'est lui qui nous remonte le moral. Il nous rappelle que sa fille est un dépôt de son Seigneur et qu'Il est de Son bon vouloir de le reprendre quand Il le veut.

Hier, il était présent à l'assise spirituelle de nassiha malgré les quelques jours qu'il reste à vivre à sa fille. Je crois que ceci était suffisant pour me rappeler que quel que soit les excuses pour mes absences passées, aucune ne serait plus importante pour m'absenter à ses merveilleuses rencontres spirituelles...

Il me dit que sourate la caverne (el kahf) est l'exhortation qui lui donne le plus de force et de sens face à cette épreuve. En effet, il se rappelle l'enfant que Khoder (que la paix soit sur lui) noya en expliquant que s'il continuait à vivre il deviendrait injuste et rendrait ses parents de même. Alors il me dit que si Dieu veut reprendre son enfant malgré toutes les initiatives des hommes pour le sauver, c'est qu'il y a une profonde sagesse connue que de Dieu. Il m'est donc préférable de voir partir mon enfant dans un jardin du Paradis avec le prophète Ibrahim (que la paix soit sur lui) à apprendre le Coran plutôt qu'il reste dans cette vie froide, versatile et imprévisible et qu'il finisse mal." (...)

Il y a sur le visage de sa mère, Dourifa, une lumière particulière.

La lumière d'une mère qui se soumet au destin de Dieu, qui aime tendrement son enfant, qui pleure dans son coeur la séparation proche mais temporaire de sa fille bien-aimée, mais qui ne dit que ce qui plaît à Dieu.

De sa confiance en Dieu et de son amour maternel émanent une oeuvre que seul Dieu peut apprécier à sa juste valeur. Seul Dieu pourra récompenser ce mélange d'amour et de tristesse... 

Quel bel exemple de courage et que de messages Dieu nous envoie à travers cette petite famille.

Si Waliya, que Dieu l'embellisse, vit actuellement un sursis dont on ne connaît le délai mais qui semble très court, ne le vivons-nous pas tous?

Ne sommes-nous pas tous en train de vivre un sursis dont on ne connaît pas le délai.

Combien d'entre nous partiront peut-être avant cette petite fille...

Sa destination est déjà connue pour sa part, elle ne connaîtra pas les jeux de la maternelle, les camarades de classe, les changements de saisons mais plutôt les joies de côtoyer la prophétie, l’ami intime de Dieu, Ibrahim, les anges, dans une réconfortante lumière divine…

Elle attendra, alors, patiemment ses parents devant les portes du Paradis et refusera d’y entrer sans sa maman, sans son papa.

Et nous, quelle sera notre destination ?

Derrière tes faux artifices et tes couleurs transparaissent ta laideur, ô monde d’ici-bas !

Chaque fois que je penserai à l'épreuve traversée par cette famille je me rappellerai que cette vie ne mérite pas mon attention, oui, elle ne mérite pas que je m’y installe.

O Dieu Tout Puissant! C'est Toi que nous désirons...

Si tu n’as pas froid aux yeux alors suis-moi dans les méandres de la nostalgie et écoute l'histoire de cet homme.

Un jour, des jeunes discutaient devant lui du jugement dernier. Chacun se disait qu'il craignait ce jour et qu'il aimerait bien l'éviter. Ils se tournèrent vers leur silencieux compagnon.

Abou Yazid El Bastami...

Il regarda ses compagnons comme s'ils l'avaient arraché de ses pensées et leur dit : pour ma part, je suis impatient que ce jour arrive car je serai debout devant Dieu et Il me dira Ya 'Abdi (O Ma créature)... Ma créature... ses mots résonnaient dans son cœur. Quelque soit le reproche que Dieu lui ferait, Il lui aurait dit Ma créature, Il lui aurait adressé la parole, Il l’aurait regardé…

Cet amour auquel ont accédé ces hommes pieux les mettaient dans un tel état que l'enfer et le paradis n'étaient plus une préoccupation pour eux...  

Dieu.

Voilà la seule préoccupation qui les faisait se lever la nuit, mouillant leur vêtement des larmes du désir ardent. Ils cherchaient Dieu mais se sentaient impuissant à L’atteindre.

Quel bonheur de pouvoir Te trouver dans une vie aussi compliquée, aussi triste !

Tisser cette intimité avec Celui qui nous a créé et qui nous aime...

Amour, un mot qui ne saura jamais exprimer l’ineffable.

La ilaha illallah,

Le Prophète (que la paix soit sur lui) demanda un jour à Mou'adh, compagnon qu’il aimait tout particulièrement, s'il évoquait Dieu au moins 10000 fois par jour (La ilaha illallah).

Il répondit qu'il tâchait de le faire et le Prophète de lui confier alors ce secret.

Approche-toi, écoute comme tu n’as jamais écouté et tirons en bénéfice car là est un secret :

Veux-tu que je t'enseigne des paroles plus lourdes que 10000 et 10000 de ce que tu dis?

Oh oui ô Envoyé de Dieu, dis-nous ce que c'est. Il lui formula alors ces paroles :

La ilaha illallah 'adada mâ ahçahou 'ilmouhou,  La ilaha illallah 'adada kalimatihi, La ilaha illallah 'adada khalqih, La ilaha illallah zinata 'archihi, La ilaha illallah mil a samawatihi, La ilaha illallah mil a ardhihi, La ilaha illallah mithlou dhalika m'ahou, wallahou akbar mithlou dhalika ma'ahou, walhamdoulillah mithlou dhalika ma'ahou.*

Ainsi, notre Prophète bien aimé s'est déjà assuré que son compagnon avait bien pris l'habitude d'évoquer Dieu 10000 fois par jour avant de lui offrir cette formule qui allait multiplier la valeur de son évocation...

Mélange alors cette formule à ton évocation de Dieu pour qu’elle s’y trouve avant, pendant et à la fin…²

C'est formidable de pouvoir s'asseoir entre Tes Mains et de T'évoquer. Au fur et à mesure de Ton évocation les soucis de ce bas monde se dissipent et il ne reste plus que Toi ô mon Dieu.

O mon Seigneur. Quel bonheur enivrant, quelle frustration de ne pouvoir exprimer ce bonheur par des mots plus forts... Rester assis, T'évoquer...

Rester patiemment assis quand la poitrine s’enflamme !

J'aimerai être enfoui dans l'obscurité des profondeurs de l'océan pour y trouver le calme et l'effacement qui me permettraient de Te rencontrer.

Au lieu de cela j'ai pour compagnon le pire des ennemis, le traître des traîtres.

Il me suit pas à pas et me fait rapidement oublier le bonheur de ses rencontres lumineuses.

Pousse-toi et laisse-moi contempler la splendeur de mes frères et soeurs.

Disparaît et laisse-moi respirer leur parfum enivrant, laisse-moi goûter à leur amour si pur.

Tu es repoussant et je te laisse pourtant m'accompagner dans tous mes voyages.

Vas-tu, un jour, me laisser respirer, me laisser sentir la vie Dernière.

Vas-tu capituler...

Ta laideur me laisse perplexe, ton insouciance m’effraie, ta stupidité me désespère… et pourtant… nos destins sont liés… à jamais.

O mon Dieu, si Tu me laisses l’espace d’un instant avec mon ego, alors, je suis perdu, je suis vaincu d'avance.

Elle me tient par la main et il n'y a en moi aucune force pour lui résister. Donne-moi la force de venir vers Toi, donne-moi la force de suivre ceux qui T'ont trouvé.

La ilaha illallah...

Combien de jours me reste-t-il?

Ce jour est-il le dernier?

Mon livre est en train de se terminer, j'en tourne les dernières pages...

Quelle en est la conclusion, ô mon Dieu?

Et je suis là à en lire passivement les dernières pages...

Donne-moi la force de revenir à Toi.

La ilaha illallah...

Ton bien aimé nous a transmis comme l'a fait le Prophète (que la paix soi sur lui) avant lui. Il nous a montré la voie à suivre. Le chemin a été expliqué dans ses moindres détails. Nous savons désormais où Te trouver. J'atteste ô mon seigneur qu'il nous a tout montré...

Et pourtant l'obscurité de mon fort intérieur m'empêche de voir ce chemin. Je n'arrive pas à m'installer dans cet endroit où Tu es. Je n'arrive pas à y accéder. Je suis assis et je regarde rêveusement ce merveilleux endroit. J'aimerai me lever mais le poids de mon ignorance, de mes péchés, de mon comportement, de mes paroles, de mon insouciance... Ils me condamnent à rester assis.

O mon Dieu donne-moi la force de me lever, donne-moi la lumière qui éclairera mon for intérieur, qui allumera ma volonté et qui envolera mes aspirations...

Je me rends à Toi, faible de mes fautes et de mon ignorance et je Te demande de me rendre digne de la compagnie que Tu as choisie pour arriver à Toi.

Rends-moi digne de ces relations d'amour qui irradient mes frères et mes soeurs.

Extrait de ma poitrine toute la rancoeur qui peut s'y trouver vis-à-vis de n'importe quel être humain et noie-là à jamais dans les profondeurs des océans, bien que cela devrait en altérer ses eaux...

O Dieu, je ne suis qu'un corps périssable, je suis faible, j'ai péché plus qu'il n'en faut dans une vie aussi courte. La simple taille du nombre de mes péchés me fait rougir à jamais et me découragerait à jamais de m'asseoir parmi les Tiens.

Mais Tu m'as créé, je suis Ta créature, Tu m'as donné la vie et Tu es Le plus Miséricordieux des Miséricordieux alors je ne désespère pas car Ta Miséricorde dépasse de loin mes péchés, elle dépasse de loin mon existence et…

Je T'aime...

La ilaha illallah...

D'avoir vécu un instant ce moment d'amour avec mon Créateur, Celui sans qui rien ne serait, est un sens suffisant à tout cet univers, à ces océans, ses quelques années de ma misérable vie. Pourtant, je n'aimerais pas m'éteindre et laisser cette merveilleuse histoire se finir dans le silence de l'inexistence. J'ai gouté et je suis désormais assoiffé.

O Dieu, qui d'autre que Toi pourrait étancher cette soif ?

Par Farid - Publié dans : dawa
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Dimanche 19 février 2006 7 19 /02 /2006 20:39

 


QUI EST LE PROPHETE DE L'ISLAM ?


Avant de présenter l’homme qui a influencé par sa personnalité et son Message l’histoire de l’Humanité, revisitons ensemble un moment intime de sa vie qu’il a vouée à son Créateur. Au début de son Message, alors qu'il cherchait soutien auprès des habitants de la ville de Taïf, à quelques kilomètres de la Mecque, il fut accueilli par les sarcasmes et les jets de pierres. Il se réfugia alors dans le jardin d'un notable de cette ville et implora son Seigneur en ces termes :          
"O Seigneur Dieu ! A Toi je me plains de mon impuissance et du dédain des hommes. Tu es le plus Miséricordieux des miséricordieux. Tu es le Seigneur des démunis et des faibles, et Tu es mon Seigneur ! Entre quelles mains m'abandonnerais-Tu : entre les mains d'un étranger lointain qui ne me montrerait qu'un visage renfrogné ou entre celles d'un ennemi à qui Tu as donné autorité sur moi ? Si Tu n'es pas en colère contre moi, alors je ne me fais aucun souci. Mais la paix venant de Toi m'est plus agréable. Je cherche refuge dans la lumière de Ta face, qui illumine les cieux et dissipe les ténèbres, Toi qui assures le bon ordre des affaires de cette vie ici-bas et de la vie-dernière, contre Ta colère ou Ton irritation. Il n'est de force ni de puissance qu'en Toi."     

Suite à cet événement, on demanda au Prophète s'il désirait se venger de ce peuple mais il répondit par la négative, plein d'espoir que de ce peuple émerge une descendance réconciliée avec son Créateur. Il sacrifia sa propre personne pour le bien de ces hommes et de ces femmes et cela suffirait à définir le caractère désintéressé et magnanime du Prophète de l'Islam qui gagna à sa cause et en un temps incroyablement court le cœur de milliards d'êtres humains, et cela durant des siècles.

Une personnalité éminente : ils témoignent


“Quiconque ayant étudié la vie et la personnalité du grand prophète d’Arabie ne peut que ressentir de la vénération pour cet éminent prophète”

 

Annie BESANT (Historienne) – La vie et les enseignements de Mahomet (1932)

 

Après avoir analysé les personnages les plus influents de l’histoire, M. HART plaça au premier rang Mohammad : “La raison en est qu’il est le seul homme a avoir mené à bien son œuvre avec succès tant sur le plan religieux que celui de la politique”


M. HART (astronome, mathématicien et historien) – Les 100 personnes les plus influentes de l’histoire (1981)


“Nous pouvons discerner 3 dons importants que Mahomet a reçus. Il a été doté d’une faculté spéciale à voir l’avenir, il fut un homme d’Etat plein de sagesse et il fut un administrateur plein de tact et d’habileté. Plus on réfléchit à l’histoire de Mahomet, plus on est stupéfait devant la grandeur d’une telle oeuvre”

 
W. MONTGOMERY WATT (Historien) – Mahomet à Médine (1978)

 

“De mémoire d’homme, aucun nom n’aura été invoqué autant de fois, nul n’aura régné sur autant d’âmes”

LE POINT – La vraie vie de Mahomet (1er octobre 1994)

 

“Mahomet est réellement un personnage historique… Mahomet nous apparaît comme un homme doux, sensible, fidèle, exempt de haine. Ses affections étaient sincères, son caractère, en général, porte à la bienveillance”

 Ernest RENAN (Ecrivain) – Etudes d’histoires religieuses


“Ce fut très certainement un très grand homme qui forma de grands hommes… Il joua le plus grand rôle qu’on puisse jouer sur la terre aux yeux du commun des hommes”

 
VOLTAIRE (Philosophe) – Essai sur les mœurs


“Et c’est une œuvre immense, que Mahomet a accomplie, par le seul concept de l’Unique, il a soumis l’univers entier”.

 
GOETHE (Philosophe) – Divan ouest oriental

 

“Fondateur de 20 empires terrestres et d’un empire spirituel, voilà Mahomet ! A toutes les échelles où l’on mesure la grandeur humaine, quel homme fut plus grand ?”

 
Alphonse de LAMARTINE (Ecrivain) – Les grands hommes de l’orient (1865)

 


Un homme exceptionnel


Né à la Mecque en l’an 570, Mohammad devint orphelin dès l’age de 6 ans. Il fut alors pris en charge par son grand-père, puis par son oncle. A l’âge de 25 ans, il épousa la noble Khadija alors qu’il travaillait à son service. Illettré, il reçu la première révélation à 40 ans, dans la grotte du mont Hira (près de la Mecque), et sa mission dura 23 ans dont 10 ans à Médine où il quitta ce monde. Il laissa après lui des hommes et des femmes qui ont continué à transmettre son Message de la Chine à la France, de l’océan Indien à la Scandinavie...

Il se distinguait à travers la perfection de son caractère et de son être. Un des aspects de son ascendance est que les cœurs, à son égard, débordaient de respect. Les hommes, sans réserve, se consacraient à la fois à sa protection et à son admiration, comme on ne l’avait encore jamais fait pour un homme de ce monde. Ceux qui lui étaient proches l’aimaient sans condition, profondément, se préoccupant plus de sa vie que de la leur, pourvu qu’il fût sain et sauf. S’ils lui portaient un tel amour c’est que le degré de perfection dont il fut doté fut sans commune mesure.

 
Il était d’une générosité et d’une largesse sans limites. Il donnait de la manière de ceux qui ne craignent point la pauvreté. En témoigne ce jour où un homme vint lui demander son aide : "Je n’ai rien à te donner", lui dit-il, "mais vas acheter ce que tu veux à mon compte. Je rembourserai le vendeur lorsque j’aurai de quoi le payer." Il distribuait à autrui tout ce qu’il pouvait recevoir, et s’en réjouissait plus que ceux qui se voyaient offrir ses présents.

Il était un homme miséricordieux et d’une grande douceur, en même temps qu’il surpassait les autres en courage et en bravoure. Lors d’un voyage, alors qu’il s’était absenté, ses compagnons virent un petit oiseau avec deux oisillons dont ils s’emparèrent. L’oiseau se mit alors à tourner autour d’eux. Lorsqu’il revint, il leur demanda alors : "Qui a affligé cet oiseau en lui enlevant ses petits ?" Puis, il leur demanda de remettre les oisillons à leur place. Et lorsqu’on lui demanda s’il y avait une rétribution en se comportant bien avec les animaux, il répondit qu’il y avait une rétribution concernant toute créature vivante.

Sa miséricorde était telle qu’elle surpassait sa colère. Lors de la difficile bataille de Ohod qu'il dû livrer avec ses compagnons pour défendre leurs proches et leurs biens de la persécution mecquoise, bien que son dos fut foulé, son visage ensanglanté et son incisive brisée, les seules paroles qu’il exprima à l’égard de ses adversaires étaient : "Mon Dieu ! Pardonne à mon peuple car ils ne savent pas". Il répondait toujours au mal par le bien, car, pour lui, l’antidote était préférable au poison. Il appliquait et adhérait au principe consistant à répondre à la haine par l’amour et à l’agressivité par la clémence (pour en savoir plus : Le Prophète Muhammad de Martin Lings)

 

Un Message toujours vivant

Pourquoi la vie ? Quel est le sens de mon existence ?

Des questions malheureusement refoulées et occultées. Telle est notre époque ! Dépourvue de sens. Centrée sur des problèmes ayant trait au comment des choses et non au pourquoi. L'homme moderne semble résigné à une vie sans valeur : résigné au tragique d'une mort inéluctable mettant fin à une vie sans finalité. Pourtant, même si la culture moderne est terriblement agissante et envahissante par le tapage qu'elle produit, la nature, notre prime nature, ce for intérieur tapi au tréfonds de chacun, ne sera jamais totalement convaincue que l'on est là pour rien.

 

La première phrase révélée du Coran, ce miracle accordé au Prophète de l'Islam, nous informe que c'est au nom de Dieu, Le Créateur, que le Prophète doit lire la révélation. Quelques versets plus loin, il lui est signifié qu'à Dieu sera le retour de l'homme après la mort. Au travers du livre sacré, on peut lire l'avertissement vigoureux et réitéré pour que l'homme ne se conduise pas dans cette vie en égoïste inique et ennemi du bien. Savoir que je suis une créature de Dieu est le point de départ et la force d'ancrage de ma foi en un Devenir après la mort.

Le Coran tout entier est traversé par 4 thèmes majeurs définissant l'essentiel du Message du Prophète de l'Islam :

  • Dieu est notre Créateur, 
  • Le retour de l'homme à Dieu après la mort, 
  • Le rôle des Prophètes, Messagers et modèles pour l'Humanité, 
  • L'Epreuve de l'homme pendant la durée de sa vie en vue d'une rétribution relative à ses actions.

Ainsi, la vie ici-bas est l'Epreuve à surmonter. La vie prend un sens : elle est un examen à passer. Les objets, les idées, le cosmos et le tumulte du monde constituent autant de circonstances et de difficultés sur mon chemin.

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Samedi 18 février 2006 6 18 /02 /2006 23:16



 

Le renouveau islamique des derniers siècles, tel qu’il est défini par Tariq Ramadan, se base sur trois fondements essentiels :
1. L’appel à un retour aux sources (Coran et Sunna) avec le souci d’engager une réflexion en phase avec l’époque.
2. Penser et organiser la résistance face aux colonialismes politiques, économiques et culturels afin de préserver l’identité musulmane.
3. Elaborer une stratégie de type social ou politique qui puisse préserver l’unité de l’Oumma.

On peut aussi définir le renouveau islamique comme étant : « l’appel à dépasser les lectures et les interprétations étroites pour retrouver une lecture vivante et revivifiée du Coran et de la Sunna. » Autrement, « ré-ouvrir les portes de l’Ijtihad qui permet de retrouver la vivacité qui fut celle des premiers musulmans. »

Les projets de renouveau de l’Islam ne datent pas des derniers siècles: Abou Hamid Al Ghazali (5ème siècle) et Ibn Taymiyya (7ème siècle) n’ont cessé d’appeler à dépasser les débats d’écoles sclérosées et inutiles.

Enfin, tout projet de renouveau ne peut être séparé du contexte politique et social vécu par le monde musulman. Avant d’étudier toute pensée réformiste de la société musulmane, il est nécessaire de comprendre son contexte politique et social.

L’empire ottoman en déclin (1750-1924)
A partir de la fin du 17ème siècle jusqu’à 1924 (fin du « Califat »), l’empire ottoman va subir des influences, perdre des guerres et des provinces, gérer des conflits et des divisions internes qui précipitent son déclin.

Mohammed Ibn Abdelwahab (1703-1792)
C’est dans le contexte troublé du déclin de l’empire qui représentait la puissance musulmane qu’il faut situer la formulation de la pensé de Mohammed Ibn Abdelwahab en Arabie. Comme Ibn Taymiyya quatre siècles plutôt qu’il a étudié, il lui apparaît que la cause de la décadence des musulmans n’est par circonstancielle. Elle est dûe à au moins trois raisons :
1. Trahison du message de l’islam.
2. Sclérose de la pensée musulmane : on continue à chercher les solutions aux grands maux de la société dans une pensée figée depuis plusieurs siècles.
3. Le traditionalisme étroit qui accepte les innovations.

Ce qu’il faut retenir de la pensée et l’action de Mohammed Ibn Abdelwahab :
· Influencées par l’enseignement d’Ibn Taymiyya, il se servira comme Ibn Taymiyya de la force du verbe et de l’épée pour combattre ses ennemis.
· Formulation du patrimoine islamique autour de son axe fondamental qui est le monothéisme (Attawhid).
· Retour à une lecture du Coran et de la Sunna sans médiation exégétique, donc refus du traditionalisme (Taqlid) et lutte pour dépasser les disputes et les commentaires des commentaires, autrement, réactiver l’exercice de l’Ijtihad.
· L’affirmation du Tawhid est la seule issue qui permettra aux musulmans de retrouver leur énergie qui fut celle du « As-salaf ».

La pensée de Mohammed Ibn Abdelwahab tourne autour de la définition du Tawhid, prévenir du chirk qui est l’opposé du Tawhid et la lutte contre les manifestations du chirk telles que : endosser la robe soufie, visiter les tombes des saints, etc.

Vu les maux de l’empire ottoman et de la société musulmane, un tel message est trop simplificateur sur le plan politique, il manque notamment de considérations stratégiques, le contexte est différent de celui qu’a connu Ibn Taymiyya quatre siècle auparavant puisque l’ennemi est armé d’outils intellectuels ayant fait leurs preuves contre le fait religieux chrétien.

Jamal Eddine Al-Afgani (1838-1897)
L’empire ottoman ne cessa de s’affaiblir malgré la période des réformes (1838-1878) :
· Troubles dans les Balkans (perte de toutes les provinces européennes en 1878).
· Rebellions en Arabie, Egypte et Syrie.
· Sécession grecque, serbe et moldave (1830).

Diverses analyses et prises de position pour expliquer les causes du déclin. Al-Afgani était le témoin de cette période du 19ème siècle : décadence spirituelle, militaire et économique du monde musulman. Il a effectué plusieurs voyages dans le monde musulman.
A l’âge de 16 ans, il est en Iraq, puis l’Inde, la Mecque, Egypte, Istanbul, Moscou, Iran, Paris et Londres. Il termine sa vie à Istanbul.

La pensée et l’action d’Al-Afgani peuvent être résumée en ces points :
1. Un nouveau type d’action : publication de journaux, prise de position dans des débats tels que la place de l’homme de sciences dans l’histoire, prise de position politique sur les événements de l’époque à travers le prisme de l’Islam.
2. La réalisation de l’union islamique comme une fin et un objectif religieux. Cependant, il considère l’action strictement nationaliste comme une étape.
3. Le conflit avec l’occident ne relève pas du pur calcul géopolitique, mais à un rapport de référence religieux et culturel, autrement, de civilisation. Il écrit par exemple un livre « La réfutation matérialiste »
4. Opposé à l’occupation de l’Egypte. Il sera exilé en Inde.
5. Adepte d’un islam engagé, son enseignement est entièrement tourné vers la pratique. Il crée des cellules de réflexion qui sont spécialisées dans différents domaines. Il forme les écrivains capables de traiter des sujets de l’actualité.


Cette attitude et les nouveaux sujets soulevés par Al-Afgani ont crée des dissensions dans les rangs des musulmans par des querelles inutiles. Le dénominateur commun de tous n’est-il pas  la référence au Coran et à la Sunna autour duquel faut-il rassembler?

Mohammed Abduh (1849-1910)
Mohammed Abduh est considéré comme un élève d’Al-Afgani. Même contexte historique que Al-Afgani : présence de plus en plus importante des anglais en Egypte et accélération de la chute de l’empire ottoman.
Il accompagne Al-Afgani pendant 15 ans en partageant avec son maître les mêmes opinions. Il diffère de lui sur deux plans :
1. Les moyens et les modalités du changement.
2. Le choix des priorités concernant l’action et la réforme.

Il met en évidence son désaccord avec Al-Afgani en disant : « Je m’étonne que les plus avertis parmi les musulmans et leurs journaux mettent toutes leurs préoccupations dans la politique et qu’ils négligent le fait de l’éducation qui est toute chose et sur lequel repose toute chose… Sayyid Jamal Eddine Al-Afgani avait des capacités impressionnantes s’il en avait usé dans l’éducation et l’instruction, l’Islam en aurait reçu le plus grand bénéfice. »

Trois aspects de son engagement seront privilégiés :
1. L’éducation et l’instruction des masses.
2. La politique des étapes à long terme.
3. La priorité au travail social sur la « haute politique. »

L’éducation et l’instruction du peuple est la seule voie à son sens qui permette aux musulmans de se libérer. Pour lui, l’éducation des masses prend une dimension politique. Il veut qu’il soit transmis à chaque musulman un minimum sur la référence islamique : Coran et Sunna, le cadre moral, Sira, etc.

Rachid Réda (1865-1935)
Cette pensée de l’action qu’ont élaboré Al-Afgani et Abduh va se diffuser, s’approfondir et s’ancrer de façon plus évidente chez les savants musulmans dans l’ensemble du monde.

Le début du 20ème siècle verra disparaître définitivement l’empire ottoman et l’apparition de mouvements laïques. Le courant réformiste islamique doit se positionner entre deux pôles :
1. Les savants « traditionalistes » : se référant à une pensée figée.
2. Les occidentalisés : amoureux de tous ce qui vient de l’occident.

L’époque est encore plus trouble, l’apparition de nouveaux courants de pensée qui sont plus dangereux pour l’identité musulmane.

On peut résumer la pensée réformatrice de Rachid Réda en ces points :
1. Son réformisme se réfère à l’Islam en acceptant les principes de l’évolution de l’histoire et des sociétés en même temps que la diversité culturelle des nations.
2. Il défend toujours la ligne réformatrice de ses prédécesseurs Al-Afgani et Abduh.
3. Il prend position pour l’idée de la ré-instauration du Califat. Sur ce point ses prédécesseurs n’avaient pas de positions fondamentales, il s’agit pour lui d’organiser les nations de façon fédérative.

Ibn Badis (1889-1940)
Après des études en Egypte où il prend connaissance de la pensée de Al-Afgani et Abduh. De retour en Algérie (1914), Ibn Badis lance le journal « Ashihab » où il dit clairement qu’il doit beaucoup à Rachid Réda et se situe dans la même ligne de pensée que Abduh.

Les principes sur lesquelles se basent sa pensée et son action :
1. L’affermissement de la foi de l’individu doit mener à la réforme de la famille qui en aval doit permettre la transformation de la société.
2. A l’opposé de Rachid Réda : La ré-instauration du Califat n’est pas une nécessité Il propose plutôt la création d’un organisme qu’il appelle « Jamâte al mouslimine » qui sur le plan international représenterait les musulmans malgré leur répartition en nations.
3. Il crée en 1931 un organisme appelé « association des savants » s’occupant à la fois des domaines politique, social et culturel.

Hassan Al Banna (1906-1949)
Durant cette période, le monde musulman est soumis à la partition, des sociétés en crise, gouvernements sous tutelle, faiblesse très avancées sur les plans économique, politique, social et culturel. La déclaration de Belfort (1917) promettant un « foyer national juif » en Palestine. La Turquie s ‘européanise et se laïcise.

La pensée de Hassan Al Banna doit beaucoup à celle d’Al-Afgani, Abduh et Rachid Réda. Il considère aussi Ibn Badis comme une référence dans la voie du réformisme.

L’apport de Hassan Al Banna est surtout d’ordre pratique :
· Il construit un mouvement rigoureusement structuré ayant la plus importante base en Egypte.
· Elabore une méthode d’éducation et d’intervention sur le champ social.

L’idée qui le motive est celle de fonder son action sur le peuple : « La voie individuelle ne peut suffire, il est nécessaire de former une opinion publique qui soutienne cette idée. Il faut constituer dans chaque village une association de gens de bien qui croient en cette mission et qui s’unissent autour d’elle et que nous appelons frères musulmans » disait-il.

Pensée Hassan Al Banna
Quand on lui demandait pourquoi il n’écrivait pas de livres, Al Banna répondait que son objectif était avant tout de former des hommes.

A retenir de la pensée de Hassan Al Banna, les points suivants :
1. L’universalité de l’Islam : les enseignements de l’Islam sont destinés à tous les êtres humains. Les musulmans doivent œuvrer pour propager l’Islam au delà du monde musulman.
2. Ar-Rabaniya (être avec Dieu) : inscrire l’action du musulman en société dans une démarche de cheminement vers Dieu. « Etre au monde », « agir dans le monde » c’est avant tout approfondir sa relation avec Dieu : être avec Dieu.
3. Globalité : l’Islam est une organisation complète qui englobe tous les aspects de la vie. C’est un état, une nation, un gouvernement, une communauté, culture et juridiction, une morale, une force, une science, lutte dans la voie de Dieu, un appel à Dieu, une armée, une pensée, une croyance sincère, une adoration.

La pensée de Hassan Al Banna est surtout une pensée pragmatique orientée vers l’action.

D'après « Aux sources du renouveau musulman  »
de Tariq Ramadan

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Jeudi 1 décembre 2005 4 01 /12 /2005 14:49

 

A la fin de la semaine dernière s’est déroulé un méga événement, une superbe fête, je veux parler du mariage de notre cher frère  Mustapha. Tout le monde connaît ce frère par sa présence continue à la mosquée, son comportement exemplaire, son endurance et sa patience devant les difficultés.

 

La mobilisation était donc générale pour organiser le voyage vers la ville de Nomexy, le lieu de résidence de la famille de sa future épouse.

 

Géographiquement, cette ville se situe au Nord-Est de la France, plus précisément dans le département des Vosges (dont le chef-lieu est la ville d’Epinal) à 380 km de Paris.

 

Bien que l’organisation soit assurée par Mohsen, on peut parler d’un départ chaotique avec plus d’une heure de retard.

 

Nous prenions donc la route en ce matin du 26 novembre, le temps était frais sachant que les bulletins météo annonçaient probablement des chutes de neige le long de la route. Un convoi de six voitures se formait en direction de l’est de la France.

 

 Le Nord-Est de la France et plus spécialement la ville de Strasbourg me rappelle mes premiers jours en France. C’était durant la dernière semaine du mois de septembre 1988 que j’ai quitté Marrakech par train pour me rendre à Strasbourg. Le détroit de Gibraltar traversé, je me suis retrouvé dans un train spécialement conçu pour les Marocains se rendant en Europe. On fait dans ces circonstances des connaissances atypiques, j’ai rencontré un enseignant en primaire qui a abandonné son poste dans un village au Maroc pour aller en Italie. J’ai fais connaissance aussi de deux jeunes hommes qui bien qu’ils aient eu un visa pour l’Italie ont décidé de descendre du train dans l’une de ces villes que nous traversions. Ils ne savaient pas exactement leur destination mais ils étaient confiants ; Là où ils tenteraient leur chance, ils allaient pouvoir s’en sortir. Le courage de ces deux personnes me remonta le moral. Je me suis dit que moi au moins je savais où j’allais tenter ma chance même si au bout du chemin, je ne connaissais ni famille ni ami.

 

 Revenons à notre voyage vers Nomexy et plus exactement à l’aire de repos du kilomètre n° 200 de l’autoroute A5. En descendant de la voiture, je reçois un appel de Youssef m’informant qu’il vient d’avoir une panne sèche en plein-autoroute. J’ai essayé alors de prévenir les frères qui sont encore en route pour lui venir au secours. L’idée était d’acheter du carburant sur une des stations service qu’ils peuvent trouver sur leur chemin. Malheureusement, ils étaient tous à quelques kilomètres du lieu de la panne.

 

Pendant ce temps,  Taib est allé se servir en sandwichs au libre service de l’aire de repos.

 

Ce geste de consommation a évoqué en moi mes premiers essais de compréhension du mode de vie de la société française. Il m’a semblé lors de mes premiers jours en Europe que la société fonctionne selon un principe relativement simple basé sur le couple production et consommation. En effet, chaque individu a vocation à travailler pour produire un bien ou un service et inversement il consomme les biens et les services produits par les autres individus de la société. Le fonctionnement selon un tel principe n’est pas critiquable en soi. Ce qui est étonnant est que l’occupation intellectuelle, sociale et politique de toute la société soit tournée vers ce perpétuel mouvement  production/consommation.

 

Nous attendions toujours les nouvelles des frères présents dans la voiture en panne et surtout de ceux qui allaient leurs venir en aide. Ce mot « aide » me rappelle un autre mot qui est l’un des slogans de notre association AVEC. Le mot « Entraide » résume le devoir de soutien que nous avons les uns envers les autres dans toutes les circonstances de la vie. Le mot « AVEC » lui-même porte en lui le principe de compagnie. Etre les uns « AVEC » les autres est l’un des buts recherchés dans notre cheminement. La première lettre du nom de l’association renvoie à la notion d’Amitié qui tend vers le sentiment de fraternité entre les croyants. Le mot amitié plutôt que celui de fraternité nous permet de marquer notre ouverture au reste de l’humanité.

 

Il était plus de 11h, nous étions à la cafétéria de l’aire de repos quand d’autres frères nous ont rejoint. Le petit déjeuner était servi par un frère qui avait la présence d’esprit de faire des provisions de nourriture pour le voyage.

 

La panne a connu enfin un dénouement heureux, tous les frères se trouvent maintenant dans l’aire de repos. L’astuce consiste à ouvrir au niveau de la pompe de gasoil d’une voiture qui a du carburant dans le réservoir le tuyau qui achemine le précieux liquide au moteur et de le récupérer dans une bouteille. Ensuite verser le carburant récupéré dans le réservoir de la voiture en panne. Nous avions enfin pu reprendre notre chemin vers notre destination.

 

Toutes les voitures qui formaient le convoi sont arrivées presque au même moment à Nomexy. Petite ville qui dispose d’une mosquée installée dans un grand pavillon.

 

Après la prière de Dohr, nous nous sommes dirigé vers la mairie de la ville voisine pour assister à la célébration de mariage. La célébration du mariage consiste en la lecture par le maire ou son adjoint des textes de loi régissant la relation conjugale. L’islam a toujours su intégrer les traditions des peuples tant que ces traditions ne sont pas en contradiction avec les textes. Tariq Ramadan dit : Al-‘urf, la coutume, a été considéré comme l’une des sources du droit est de fait intégré à la référence islamique locale.  Si les formes de la pratique ne changent pas à travers le temps et l’espace, certaines prescriptions religieuses relatives aux affaires du monde vont naturellement prendre la couleur de la culture des différents pays : les principes restent les mêmes mais les voies de la fidélité sont diversifiées. Ainsi, il ne s’agit plus de s’habiller comme s’habillaient le prophète et ses compagnons, mais de se vêtir selon les principes de pudeur,  de propreté, de simplicité et de discrétion. Il ne s’agit pas de se marier selon le même rituel au temps du prophète et des compagnons tant que les piliers du contrat de mariage sont respectés (dot, témoins, formulation de la demande, etc.)

 

Après la cérémonie de mariage à la mairie, un convoi de voitures s’est dirigé vers la ville d’Epinal et plus précisément au jardin des Champs de Mars. Les mariés ont procédé alors aux prises de photos entre la famille et les amis. La chaleur de la joie a fait oublier un moment la fraîcheur du temps puisque le jardin était couvert de neige. Quand la nuit commençait à tomber, nous décidâmes de faire demi-tour vers la ville de Nomexy pour continuer la fête à la mosquée.

 

Il y avait une bonne ambiance pendant toute la soirée avec les chants, le discours de l’imam de la mosquée Abou Bakr, puis celui de Youness. La fête s’est terminée vers minuit. Certains frères ont alors décidé de prendre la route pendant la nuit. D’autres ont préféré attendre le matin. Louange à Dieu, tous sont rentrés chez eux dans de bonnes conditions.

 

A propos du départ vers Nomexy le samedi matin, je cite pour anecdote, deux frères dont je ne citerais pas les noms sont partis prendre leur petit déjeuner tranquillement chez eux après la prière de Sobh alors que le mot d’ordre était donné que le départ sera immédiatement après la prière vers 7h30. Quand ces deux frères sont arrivés vers 8h20, on leur a reproché le retard, ils ont trouvé comme seule excuse que de toute façon, le départ allait se faire avec un retard d’une heure et qu’ils étaient fiers d’être à l’heure. C’est avec de tel raisonnement que nous n’arrivons jamais à honorer nos engagements en terme de ponctualité dans nos rendez-vous.

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